Un jardin bio pour les enfants

Réussir un jardin bio quand on a peu de temps, comment faire ? Nous tenons à ce que les enfants de nos colonies de vacances récoltent, cuisinent et mangent autant que possible des produits bios de notre jardin. Oui, mais… Cela fait deux années que les pluies printanières ruinent nos efforts pour cultiver des légumes bio dans un potager de pleine terre, surtout sur les sols argileux du Gers qui ne se prêtent guère au maraîchage, bio ou pas bio. Eh oui, au sein du Sud-Ouest nous ne sommes pas les plus favorisés pour les légumes, qui préfèrent les sables des Landes ou les limons de la Garonne…

Nous nous sommes alors tournés vers un principe de permaculture : le problème EST la solution. Nous avons un sol inapte ? Eh bien, fabriquons-en un nouveau. Sur Internet, nous trouvons un lien vers une solution séduisante, les « lits de permaculture ». De quoi s’agit-il ? Une version des multiples formes de jardinage en carrés, buttes ou lasagnes qui sont très en vogue. Ces techniques permettent d’économiser deux denrées de plus en plus précieuses : le temps et l’espace. Et de fournir un cadre favorable au jardinage bio, en évitant notamment labour, désherbage, et arrosages inutiles. Et pour les enfants des colos, c’est l’idéal : beau, ludique, facile d’accès…

Comment faire un lit de permaculture ?

1. Choisir un emplacement plutôt plat et ensoleillé. Les dimensions peuvent être restreintes, en carré ou en rectangle, elles doivent permettre d’atteindre facilement les cultures du milieu, donc pas plus de 1, 20 de largeur. Nous avons choisi, en fonction des matériaux dont nous disposions, des rectangles d’environ 4 m x 90 cm.

Un bac avec cartons et tuyau percé
Un bac avec cartons et tuyau percé

2. Construire une sorte de « méga jardinière » au-dessus du sol. Nous avons utilisé des planches en bois récupérées sur un hangar que nous avions dû démolir. Le bois doit appartenir à une essence résistante à l’humidité, et ne pas être traité avec des matériaux toxiques. Au fond du bac, sur le sol, déposer des cartons récupérés, à plat, qui bloqueront la repousse des mauvaises herbes.

3. Recouvrir les cartons avec de la paille, de la terre, des tontes de gazons… puis y déposer un tuyau poreux réparti sur tout le bac, qui sera alimenté par l’extérieur (prévoir un trou dans la paroi du bac pour le relier à une source d’eau, idéalement de l’eau de pluie récupérée d’une toiture). Posé au fond du bac, il incite les racines à chercher l’eau en profondeur et limite l’évaporation. Economie d’eau + économie de travail d’arrosage + plantes en bonne santé !

Remplissage avec du fumier
Remplissage avec du fumier

4. Remplir le bac avec tout ce qui peut faire du compost : tontes de gazons, déchets de jardins (attention, pas les plantes malades), déchets végétaux de cuisine, cartons déchirés, papiers (attention à certaines encres de couleur toxiques), et bien sûr, si vous en avez comme nous, fumier de cheval, de poule ou autres animaux. Vous pouvez ajouter de la terre de votre jardin. Si c’est pour votre propre consommation, vous pouvez prendre le risque d’y mettre du compost issu de toilettes sèches, à condition qu’il soit composté depuis plus d’un an et en l’enfouissant au fond. Si c’est pour vendre les légumes ou, comme pour nous, les faire manger aux enfants de nos colonies de vacances, les résidus de toilettes sèches sont interdits pour éviter les bactéries dangereuses. Dans tous les cas, garder un équilibre entre déchets « azotés » (gazon, déjections animales, déchets de cuisine) et déchets « carbonés » (carton/papier, paille, BRF ou bois raméal fragmenté, etc.), et alternez-les pour faciliter leur compostage.
Remplissez les bacs à ras-bord et prévoyez de les remplir à nouveau plus tard, car lors du compostage les déchets vont perdre jusqu’à 50% de leur volume, et le bac remplit jusqu’en haut se retrouver à moitié vide !

Du BRF en surface
Du BRF en surface

5. Ajoutez une poignée de vers de compost, une espèce de lombrics particulière qui vit en surface des sols meubles et dans les tas de fumiers (Esenia foetidia). Ils ne viendront pas forcément spontanément dans votre « bac », donc vous pouvez faire comme nous et les élever dans un lombricomposteur, nourris de déchets de cuisine, à partir de lombrics achetés sur Internet. Les lombrics vont accélérer le compostage et transformer en trois mois vos déchets en magnifique terreau noir.

6. Arroser au fur et à mesure que vous remplissez le bac, puis lorsqu’il est bien humide, couvrir de paille ou de BRF qui garderont l’humidité (ou à défaut avec un paillage plastique spécial pour jardins bio, perforé pour laisser passer l’air).

 

Lit permaculture bio 3
Salades, petits pois et capucines en association

7. Attendre quelques mois et il ne vous reste qu’à semer, planter… en choisissant bien des mélanges de plantes qui s’associent, et sans oublier quelques fleurs pour attirer les pollinisateurs ou parfumer les salades.

Un jardin bio dopé au compost

Les résultats sont spectaculaires. Dopées par cette terre légère et riche, les plantes s’épanouissent de manière incroyable… les plants de salade ou tomate bio cultivés à la maison ou achetés au marché, qui normalement ont du mal à reprendre après le repiquage, sont tout de suite en pleine forme.

Lit permaculture bio 4
Concombres, aubergines et courgettes s’épanouissent

Attention toutefois, les résultats vont varier selon les cultures. Nous avons eu des résultats médiocres avec les oignons : normal, cette culture n’aime pas les sols riches et l’azote… Idem pour le thym qui aime mieux les sols pauvres. En revanche, les pommes de terre ressemblent à une jungle tropicale, et les cucurbitacées (courgettes, pâtissons, courges, citrouilles, potimarrons, concombres), qui adorent le compost, sont é-normes ! Idem pour les choux, céleris-raves, salades, la plupart des aromatiques, les carottes…

Seul souci cette année, les premières tomates, plantées trop tôt dans du fumier pas assez composté, sont envahies par les « maladies cryptogamiques », c’est-à-dire les multiples champignons (pied noir de la tomate, cul noir de la tomate, mildiou…). C’est clair, pour les tomates, il faut du compost très mûr. Heureusement nous avons un deuxième bac planté plus tard avec nos derniers plants de tomate, qui semble indemne.

Un jardin bio pour paresseux

Lit permaculture bio paillage
Un bon paillage limite le désherbage et l’arrosage

Conclusion. Les lits de permaculture, c’est le jardin bio idéal pour les paresseux, ou pour les TDA/H ou créatifs qui ont horreur des travaux routiniers. Au jardin, bio ou pas, ce qui est sympa c’est : semer/planter et récolter. Le reste : bêcher, biner, arroser, désherber… Pas drôle. Or la culture bio en lits de permaculture supprime tout travail du sol. En fait, dans ce système, on investit du travail au départ, donc prévoyez de vous y mettre à plusieurs pour construire les bacs et les remplir, c’est un peu physique mais c’est fait en une seule fois. Si le travail de construction ne vous tente pas, vous pouvez vous contenter de faire des buttes ou « jardin en lasagnes ». Le système est le même : du carton, un tuyau d’arrosage percé, et des couches de déchets composté.

Le désherbage est également nul : la chaleur lors du compostage tue la plupart des graines de mauvaises herbes, le paillage limite leur croissance, et le peu qui reste est facilement supprimé en les arrachant à deux doigts dans le sol très meuble, sans avoir besoin de se casser le dos puisque nous sommes à 40 cm au-dessus du sol…

L’arrosage est limité et automatisé grâce à un minuteur programmable.

Un jardin bio idéal pour les camps de vacances…

Cuisiner les légumes bios, facile !
Cuisiner les légumes bios, facile !

Il ne reste plus qu’à récolter et cuisiner les délicieux légumes bios qui feront les délices des enfants de nos camps de vacances de cet été. Ce système est idéal pour partager le jardinage bio avec les enfants des colonies de vacances… ou les nôtres. Des bacs proprets, juste à leur hauteur, entre lesquels ils circulent facilement sans risque de piétiner un semis…

Vivement les colos  !